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Dre Gillis-Doyle

La Dre Gillis-Doyle est médecin en soins palliatifs à Fredericton et professeure adjointe à l’Université Dalhousie. Nous lui avons parlé de la nécessité d’avoir un plus grand nombre de préposés aux services de soutien à la personne pour les patients du Nouveau-Brunswick en phase palliative qui demeurent à la maison.

Selon votre expérience, quelle est l'importance du rôle des préposés aux services de soutien à la personne pour un patient en soins palliatifs et sa famille?

Dre Gillis-Doyle : Ils jouent un rôle très important. Cet après-midi, j’ai visité à son domicile une patiente qui souhaite rester chez elle. Sa famille ne peut pas subvenir à ses besoins à temps plein, et bien qu'elle ait du soutien extra-mural, ce n'est que deux heures par jour.

Elle a vraiment besoin de quelqu'un pour pouvoir vérifier qu'elle va bien, pour s'assurer qu'elle ne mélange pas les médicaments. Elle a besoin de quelqu'un pour lui préparer des repas légers et ce genre de choses. À moins qu'elle n’embauche quelqu’un du secteur privé pour le faire, elle ne pourra pas rester à la maison beaucoup plus longtemps.

La réalité, c'est qu'avec de l'aide, elle pourrait  rester dans sa maison pendant un certain nombre de mois. Mais sans ce soutien, dans quelques semaines, nous devrons probablement l'amener à l'hôpital ou dans un établissement de soins palliatifs. Mais ce n'est pas ce qu'elle veut, et cela coûtera beaucoup plus cher au système. Les familles étant occupées, les patients en soins palliatifs ont vraiment besoin de soins et de soutien de base pour pouvoir rester chez eux lorsqu'ils ont une maladie grave.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le type de soins dont un patient en soins palliatifs a besoin et sur le rôle que jouent les préposés aux services de soutien à la personne?

Dre Gillis-Doyle : Il faut certainement un certain niveau de compassion et plus de soutien pendant les fins de semaine, le soir et la nuit.

Le personnel des services de soutien à la personne qui aide les patients en soins palliatifs doit savoir quand demander de l'aide au personnel infirmier ou au personnel extra-mural. Ces patients ont tendance à être beaucoup plus malades, et leurs symptômes sont souvent plus lourds; par conséquent, les préposés aux services de soutien peuvent être les personnes qui les accompagnent lorsqu’ils sont dans une détresse importante. De plus, ils doivent s'assurer qu'ils ont les outils nécessaires et qu’ils sont en mesure d’obtenir les soins infirmiers ou médicaux appropriés pour le patient.

Pouvez-vous nous donner une idée du besoin de personnel de services de soutien à la personne dans la province? En connaissons-nous le nombre et combien sont nécessaires?

Dre Gillis-Doyle : À l'heure actuelle, le Nouveau-Brunswick compte environ 4 500 préposés aux services de soutien à la personne. L'industrie nous a dit qu'elle perdait chaque année plus de personnes qu'elle ne pouvait en recruter. Certains des défis comprennent les salaires, les conditions de travail comme l'absence d'heures garanties et le travail en vase clos.

Il est très difficile de trouver du personnel de soutien disponible, surtout le soir et la fin de semaine. Il est également difficile de trouver des préposés aux services de soutien à la personne dans les régions rurales. C'est une des raisons pour lesquelles de nombreux patients en soins palliatifs ne peuvent pas rester à la maison - ils n'ont pas ce soutien.

Le rapport du groupe de travail sur les soins palliatifs indique qu'il faut financer davantage les programmes de formation des préposés aux services de soutien à la personne. Quels sont les programmes locaux offerts actuellement?

Dre Gillis-Doyle : Les collèges privés et les collèges communautaires offrent des programmes, et le gouvernement a offert une formation qui n'incluait pas la certification. D'après ce que je comprends, toutefois, les soins palliatifs ne font pas partie du programme de formation normalisé approuvé par la province. Les programmes existants seraient davantage axés sur les soins personnels d'une personne qui se réadapte ou qui a besoin d'un soutien supplémentaire à la suite d'un diagnostic de démence ou quelque chose du genre.

Les besoins d'un patient en soins palliatifs pourraient être plus précis en ce qui concerne le besoin de soutien pour la gestion des symptômes, et cette partie ne figure pas dans le programme de formation que je connais.

Un autre défi est le manque de personnel - l'industrie a aussi dit que les collèges privés et communautaires ont de la difficulté à remplir les programmes de formation, ce qui pose également un problème.

Comment la rémunération des préposés aux services de soutien à la personne au Nouveau-Brunswick se compare-t-elle à celle des autres provinces de l'Atlantique?

Dre Gillis-Doyle : Ils sont les moins bien payés du pays. De plus, ils ne sont pas payés pour leur kilométrage et ils voyagent parfois pendant une heure ou plus pour voir certains de leurs clients. Ils ne sont pas payés non plus pour leurs congés de maladie.

Cela représente un autre défi si nous voulons recruter et maintenir en poste des préposés aux services de soutien à la personne, dont l'importance ne fera que croître avec le vieillissement de notre population.

Auriez-vous autre chose à ajouter?

Dre Gillis-Doyle : On a l'impression qu'une fois que les gens seront considérés comme étant en phase palliative, ils seront admissibles à des soins à domicile 24 heures sur 24, ce qui est tout simplement faux dans cette province. Cela existe dans d'autres provinces, et je pense qu'il est malheureux que nous ne soyons pas en mesure d'aider ces patients durant les moments de leur vie où ils sont les plus vulnérables.

Nous devrions être en mesure de leur offrir des soins de base - les repas, l’élimination et la propreté, les nécessités de base de la vie. Au lieu de cela, nous finissons par les amener dans un établissement où cela coûte beaucoup plus cher au système et où la qualité des soins n'est pas à la hauteur des souhaits des patients.

J'espère que, grâce au travail de notre groupe de travail, nous pourrons améliorer les soins palliatifs dans notre province.