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Prenons soins des patients pendant toute leur vie, et non seulement durant des exercices fiscaux

Il y a trois ans, l’équipe du gouvernement Alward a promis que « les médecins n’auraient jamais besoin de poursuivre le gouvernement en justice pour obtenir son attention et son respect ». Le ton de ces commentaires a changé considérablement depuis, et les médecins ont vu de nombreuses citations fort intéressantes dans les journaux de la province. Aujourd'hui, les avocats du procureur général défendront les tentatives récentes du premier ministre pour réduire et plafonner les services aux patients. Les médecins feront valoir qu’une réduction impulsive et à courte vue de la facturation à l’Assurance-maladie viole l’entente que le gouvernement a signée avec les médecins.

Au terme d’un an de travail pour inciter le gouvernement Alward à négocier avec les médecins, il était clair que le gouvernement n’avait aucun intention de respecter son entente signée. Après s’être moqué de nous pendant deux ou trois mois et avoir même fait semblant de négocier avec les médecins pendant que le Cabinet se réunissait pour réduire et plafonner les services aux patients, le gouvernement a fait de son mieux pour convaincre le public que les médecins ne sont pas prêts à aider et que la réduction n’est pas si mauvaise après tout.

Par exemple, le gouvernement Alward a comparé sa réduction unilatérale de 20 millions de dollars à « deux ou trois cafés par jour ». Précisons respectueusement qu’il n’est pas question de café. Il s’agit des soins de santé. Cette réduction équivaut à 459 000 consultations de médecins de famille ou à la fermeture de six salles d’urgence pendant une année ou à des milliers de remplacements de la hanche. Nulle autre province canadienne ne menace d’imposer à ses propres citoyens un plafonnement des soins parce que la plupart savent qu’on ne peut pas plafonner les maladies chroniques sur un chiffrier et espérer qu’elles disparaîtront. Les médecins sont toujours là pour les patients, voilà pourquoi nous ne pouvons pas approuver un plafonnement des services aux patients cette année. Et nous ne pouvons pas non plus approuver un plafonnement pour l’année suivante. Nous préférons améliorer le système de santé au lieu d’éliminer des services pour les patients.

Le gâchis que le gouvernement a créé est connu dans tout le pays. Des journaux à partir du Cap-Breton jusqu’en Colombie-Britannique ont publié des articles au sujet des médecins du Nouveau-Brunswick qui refusent de battre en retraite, car ils tiennent à ce que les patients aient accès aux soins nécessaires. Un chroniqueur du Globe and Mail national a examiné notre situation, et ses propos ont été simples et francs : « Se moquer des négociations collectives et refuser de négocier de bonne foi, ce n’est pas du leadership et ce n’est pas de la bonne gouvernance. C’est lâche, et c’est une parodie de l’élaboration des politiques publiques. » L’Association médicale canadienne et les 76 000 médecins du pays ont demandé au gouvernement de « respecter les ententes négociées de bonne foi ». Les revues médicales envoyées aux médecins partout au pays ont publié des entrevues approfondies, et des médecins d’autres provinces ont même comparé leur situation à la nôtre, une situation à éviter : « ce qui s’est produit au Nouveau-Brunswick ne se produira pas ici ».

Malgré toute l’attention nationale, les jeunes médecins résidents se préparent à faire leurs valises, et malgré les 350  lettres de médecin envoyées aux députés, rien de moins qu’une action en justice n’arrêtera le premier ministre et son cabinet. Nous ne pouvons pas faire confiance aux promesses de la même équipe qui a négocié de l’autre côté de la table pendant des mois tout en sachant très bien qu’elle était sur le point de réduire et de plafonner les services aux patients.

Par conséquent, nous demanderons à un juge une ordonnance exigeant que le gouvernement respecte son entente avec les médecins. Voilà pourquoi les médecins du Nouveau-Brunswick iront en cour : pour que le changement dans l’accès aux soins des patients de cette année soit de 0 %, et pour que notre situation soit claire pour nos propres patients, qui comptent sur nous. Nous ne plafonnerons pas vos soins. Nous ne refuserons pas de vous soigner. Et vous devriez vous attendre à ce que votre gouvernement partage cet engagement. Franchement, cela nous déçoit que le gouvernement n’ait pas vérifié les faits avant de décider impulsivement de réduire les soins aux patients, et cela nous déçoit qu’il ne puisse cesser de menacer d’imposer un plafond dès que notre entente signée sera expirée.

Une fois ce conflit réglé, nous devrons avancer conjointement. Demain marque le premier anniversaire de la visite de relations publiques du gouvernement Alward, lors de laquelle il a annoncé qu’il intègrerait la rétroaction du public dans un nouveau plan de santé pour orienter le système à long terme. Lorsque le gouvernement a demandé de l’aide, les médecins ont répondu à l’appel. Quatre cents médecins ont présenté des idées concrètes pour améliorer la viabilité à long terme de notre système de soins de santé. On nous a alors promis d’agir avant la fin de 2012; et ensuite au début de 2013. Nous voilà à la date du premier anniversaire de toutes ces réunions, du dialogue avec les patients et des consultations, et il n’y a toujours pas de plan. Nous demandons respectueusement au gouvernement d’examiner nos idées datant d’un an, la plupart d’entre elles étant encore valables aujourd’hui, et de commencer à penser comme des médecins : prenons soins des patients pendant toute leur vie, et non seulement durant des exercices fiscaux.

Robert Desjardins, MD FRCPC
Président de la Société médicale du Nouveau-Brunswick