English
 

Les médecins du Nouveau-Brunswick contre le bronzage

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déterminé que le bronzage artificiel aux rayons UV était cancérigène. De plus, de nombreux territoires canadiens l’interdisent aux mineurs. Malgré les nombreuses lignes directrices, pour de nombreuses raisons, l’industrie continue à cibler les jeunes filles comme clientes primaires.

Face aux défis cliniques et sociaux inhérents au bronzage artificiel par les rayons UV chez les personnes d’âge mineur, Les médecins du Nouveau-Brunswick demandent l’interdiction complète du bronzage artificiel aux rayons ultraviolets chez les Néo-Brunswickois et Néo-Brunswickoises âgés de moins de 19 ans.

Contexte

Le Nouveau-Brunswick a jadis été un chef de file dans la prévention de l’accès des mineurs aux agents cancérogènes. De 1992 à 2009, c’était la seule province canadienne qui interdisait aux enfants et aux jeunes d’utiliser des lits de bronzage.[i]

Lors de l’adoption de la nouvelle Loi sur la santé publique et l’abrogation de la loi sur la protection contre les rayonnements, on a omis un article pour régir l’usage des appareils de bronzage artificiel aux UV par les mineurs. En 2010, le médecin hygiéniste en chef a annoncé des lignes directrices volontaires, qui comprennent l’âge limite de 18 ans, l’interdiction de la promotion des avantages du bronzage artificiel pour la santé et la limite d’une séance de bronzage par tranche de 48 heures.[ii] À cette époque, on avait prévenu l’industrie que si elle ne respectait pas les lignes directrices volontaires, elle devrait faire face à une législation.

Une évaluation menée en 2012au Nouveau-Brunswick a révélé que 55 % des exploitants de salon de bronzage au Nouveau-Brunswick auraient permis aux personnes de moins de 18 ans d’utiliser un appareil de bronzage artificiel.[iii] Ces statistiques sont semblables aux statistiques nationales.[iv]Cela fait suite aux rapports de 2011 révélant que 75 % des salons de bronzage n’affichaient pas les avertissements obligatoires concernant la santé.

Cette année, une étude néo-brunswickoise auprès des élèves des écoles secondaires a révélé que 17 % d’entre eux avaient récemment utilisé des appareils de bronzage artificiel aux rayons UV. Et il a été démontré que l’usage progresse avec l’âge, au point où un tiers des jeunes filles utilisaient des appareils de bronzage avant d’avoir atteint la 12e année.[v]

Quelles sont les répercussions cliniques?

Le bronzage est causé par les effets des rayons UVA et UVB sur la peau. Malgré les mythes communs, aucun bronzage n’est sécuritaire. Le bronzage, quelle qu’en soit la forme, a été relié au mélanome, la forme la plus mortelle de cancer de la peau. Son incidence est en hausse à la fois chez les hommes et les femmes au Canada. L’an dernier au Nouveau-Brunswick, environ 170 personnes ont été nouvellement diagnostiquées atteintes du mélanome, et 20 Néo-Brunswickois sont décédés de ce type de cancer.[vi]

Les appareils de bronzage artificiel aux rayons UV sont particulièrement dangereux, car ils ont été classés cancérigènes pour les humains.[vii],[viii] En fait, récemment, le Centre international de recherche sur le cancer les a reclassés comme faisant partie de la catégorie des causes de cancer à risque supérieur, catégorie qui regroupe la sécurité du bronzage artificiel aux rayons UV avec des activités comme le tabagisme, l’asphaltage, la peinture, la ferronnerie et le ramonage des cheminées.

Le bronzage en plein air est également non sécuritaire, mais le bronzage à l’intérieur à l’aide d’appareils de bronzage est très dangereux parce que les émissions de rayons UVA peuvent être cinq fois supérieures à celles du soleil du milieu de la journée.[ix] Par exemple, vingt minutes d’exposition aux rayons UV sur un lit de bronzage peuvent égaler jusqu’à deux heures à la plage sous le soleil chaud du milieu de la journée et sans protection solaire.[x]

Que sait-on au sujet du bronzage chez les jeunes?

Le bronzage avant 30 ans est particulièrement dangereux[xi]. Des recherches ont démontré un lien entre un risque accru de mélanome tout au long de sa vie.[xii] En 2006, un examen systématique a démontré que les personnes ayant déclaré ne jamais avoir utilisé d’appareils de bronzage artificiel aux rayons UV avant 35 ans couraient un risque de mélanome accru de 75 %.[xiii] Une mise à jour de 2012 a révélé que ce risque augmente à 87 %.[xiv]

Contrairement à ce que de nombreuses personnes croient, le bronzage artificiel aux rayons UV ne procure pas de protection contre les dommages futurs à la peau par les rayons UV. [xv]

Pour ces raisons, en 2005, l’OMS a recommandé que les jeunes de moins de 18 ans évitent d’utiliser les lits de bronzage.[xvi]

Pourquoi faut-il interdire l’usage des lits de bronzage aux jeunes de moins de 19 ans?

Nous savons que le consentement parental est inefficace. Une vaste étude menée aux États-Unis a démontré qu’il n’y avait pas de différence importante dans le comportement en matière de bronzage artificiel aux rayons UV chez les adolescents dans les états possédant des lois relatives à l’accès, comme le consentement parental, par rapport aux états sans ces lois.

D’autres territoires, comme le Minnesota et le Massachusetts, ont également découvert que le consentement parental est une manière inefficace de réduire le nombre de jeunes qui s’adonnent au bronzage. Plus près de chez nous, dans l’étude susmentionnée menée en 2012 auprès des élèves des écoles secondaires du Nouveau-Brunswick, un tiers des jeunes d’âge mineur qui se faisaient bronzer artificiellement se faisaient conduire au salon de bronzage par leurs parents.

Nous ne permettons pas aux mineurs d’acheter des cigarettes ou de l’alcool avec la permission de leurs parents, mais les adultes ont la capacité de prendre leurs propres décisions concernant leur corps. Nous sommes désolés de souligner que cinquante ans après avoir appris que le tabagisme est incroyablement nuisible, on peut encore pénétrer dans n’importe dépanneur du coin au Nouveau-Brunswick et acheter un paquet de cigarettes. Il est important que chacun assume la responsabilité de ses propres choix de santé lorsqu’il atteint l’âge où il en est capable.

Même si nous croyons que le bronzage artificiel aux rayons UV devrait être réservé aux personnes de 19 ans ou plus, nous décourageons tout le monde de s’y adonner. Soulignons que d’autres territoires interdisent le bronzage artificiel aux rayons UV du pays entier ou pour toute personne de moins de 30 ans. Notre avertissement s’applique au bronzage même sous le soleil d’été.

Que se passe-t-il ailleurs?

Terre-Neuve-et-Labrador, la Nouvelle-Écosse, la Colombie-Britannique et le Québec ont tous une réglementation interdisant l’usage des lits de bronzage aux personnes de moins de 19 ans. L’Ontario Medical Association et l’association médicale d’autres provinces ou territoires ont demandé à leur gouvernement d’interdire le bronzage.

À l’échelle internationale, l’état australien de Nouvelle-Galles du Sud interdit le bronzage aux personnes dans la vingtaine. En novembre 2009, le Brésil a interdit l’usage des lits de bronzage à toute sa population. La Belgique, l’Allemagne, l’Écosse, le Portugal, la Californie et le Texas ont tous interdit l’usage des lits de bronzage aux personnes de moins de 18 ans. La France également interdit l’usage des lits de bronzage aux personnes de moins de 18 ans et toute publicité au sujet des bienfaits des lits de bronzage pour la santé.

 


[i] http://www.cbc.ca/news/canada/new-brunswick/story/2011/01/17/nb-tanning-rules-959.html

[ii] http://www2.gnb.ca/content/dam/gnb/Departments/h-s/pdf/en/Publications/GuidelinesforTanningSalonOwnersandOperatorsNov2010.pdf

[iii] http://www.cbc.ca/news/canada/new-brunswick/story/2012/03/06/nb-tanning-salon-legislation-cancer.html

[iv] http://www.cbc.ca/news/canada/new-brunswick/story/2012/06/05/tanning-beds-minors.html

[v] Prior, S.M., Fenwick, K.D., Bremner, J., & Lamb, M. (2012, April). Look Good. Feel Great!: Understanding Tanning Motivations and Behaviors in Adolescents. Paper presented at a workship entitled Tanning Bed Legislation: Protecting Youth Coast to Coast. Halifax, NS.

[vi] http://www.cancer.ca/New%20Brunswick/About%20us/Media%20centre/NB-Media%20releases/Tanning%20guidelines%20fail%20to%20protect%20youth.aspx?sc_lang=EN#ixzz29gFzanMS

[vii] IARC: Ghissassi et al. Special Report: Policy. A review of human carcinogens—Part D: Radiation. Lancet Oncology. 2009; 10:751–752.

[viii] http://ntp.niehs.nih.gov/?objectid=72016262-BDB7-CEBA-FA60E922B18C2540

[ix] Gerber et al. Ultraviolet emission spectra of sunbeds. Photochemistry and Photobiology. 2002; 76(6):664–8.

[x]http://www2.gnb.ca/content/gnb/en/departments/ocmoh/healthy_people/content/tanning_and_uv_abradiation/tanning_myths_revealed.html

[xi] http://ntp.niehs.nih.gov/?objectid=72016262-BDB7-CEBA-FA60E922B18C2540

[xii] Gruber and Armstrong. Cutaneous and Ocular Melanoma. In Schottenfeld and Fraumeni (Eds) Cancer Epidemiology and Prevention. (pp1196–1229) New York: Oxford University Press. 2006.

[xiii] Summarized in: IARC working group on artificial UV light and skin cancer. The association of use of sunbeds with cutaneous malignant melanoma and other skin cancers: A systematic review. International Journal of Cancer. 2007; 120(5):1116–22.

[xiv] Boniol M, Autier P, Boyle P, Gandini S. Cutaneous melanoma attributable to sunbed use: systematic review and meta-analysis. BMJ. 2012; 345:e4757.

[xv] IARC Working Group on Artificial Ultraviolet (UV) Light and Skin Cancer. The association of use of sunbeds with cutaneous malignant melanoma and other skin cancers: A systematic review. International Journal of Cancer. 2006;120(5):1116–1122. Available at http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/ijc.22453/pdf

[xvi] http://www.who.int/mediacentre/news/notes/2005/np07/en/index.html